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La réforme des retraites : un défi complexe et des pistes de solution

La réforme des retraites : un défi complexe et des pistes de solution

Dès ses prémices, la réforme des retraites a suscité un vif débat et de nombreuses contestations. Il s’avère ardu de dégager une voie qui puisse rallier l’adhésion et la satisfaction de l’ensemble des parties prenantes. Tandis que le gouvernement envisage de repousser l’âge légal de départ, les organisations syndicales penchent plutôt pour une extension de la durée de cotisation. Chacune de ces approches peine à recueillir un consensus majoritaire.

Face à cette impasse, l’exécutif est contraint d’agir promptement. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) alerte sur le fait que le système de retraite par répartition – où les contributions des actifs financent les pensions des retraités – entrera en déficit dès 2023 et le restera pour les vingt-cinq prochaines années.

Bien que peu nombreuses, des alternatives au simple report de l’âge de départ à la retraite existent et méritent d’être explorées.

La capitalisation : une voie complémentaire

Nicolas Marques, directeur général de l’Institut Molinari, adopte une perspective distincte. Selon lui, le simple recul de l’âge légal de départ ne saurait garantir la pérennité financière du système de retraites sur le long terme. Il suggère d’élargir la portée de la Tout savoir sur la retraite par capitalisation, en permettant à chacun de compléter sa future pension via la capitalisation collective. Ce mécanisme implique d’épargner individuellement en allouant une fraction de ses cotisations à des placements financiers ou immobiliers.

Ce modèle n’est pas inédit : les pharmaciens, par exemple, bénéficient déjà d’un régime de retraite intégrant cette dimension. De même, les fonctionnaires ont la faculté de placer une partie de leurs primes sur les marchés financiers en vue de préparer leur retraite. Cette option est désormais accessible à l’ensemble des citoyens français, offrant un complément au système de répartition traditionnel.

La fiscalité comme levier d’action

Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, l’approche fiscale pourrait constituer une alternative plus pertinente que les ajustements sur l’âge de départ ou la durée de cotisation. Il estime que les réformes actuellement envisagées sont excessivement rigoureuses et abruptes, imposant des efforts démesurés à des travailleurs qui, pour certains, ont débuté leur carrière très jeunes.

Il est cependant indéniable que les cotisations, en particulier celles versées par les employeurs, représentent un levier significatif dans l’élaboration de toute réforme des retraites.

En 2021, le taux global de cotisation sur le revenu des actifs (englobant les parts salariales et patronales) s’élevait à 31%. Concrètement, pour chaque tranche de 100 euros de rémunération nette perçue par un salarié, 31 euros étaient versés en cotisations pour le financement du régime des retraites. Ce taux varie en fonction du régime et du statut professionnel.

Une augmentation ciblée de ces cotisations pourrait donc être envisagée comme un moyen de restaurer l’équilibre financier du système des retraites.

Un effort financier mensuel nécessaire d’ici 2027

Pour assurer la viabilité du système, les actifs devraient, en 2027, contribuer entre 21 et 28 euros supplémentaires par mois, afin de rétablir l’équilibre annuel. Cette somme pourrait être partagée entre l’employé et l’employeur. Le dernier rapport du COR projette qu’en l’absence de réformes, le déficit du système des retraites pourrait atteindre 7,5 à 10 milliards d’euros dès 2027.

Une autre piste consisterait à n’augmenter les cotisations que pour une catégorie d’actifs, notamment ceux du secteur privé, dont les contributions sont inférieures à celles du secteur public. Une hausse de 4 euros par mois et par an pour les salariés ou employeurs du privé permettrait de résorber le déséquilibre en neuf ans. Olivier Dussopt, ministre du Travail, évoque quant à lui une augmentation d’une cinquantaine d’euros par salarié, chaque mois.

Pouvoir d’achat : un impact inévitable ?

La relation entre le niveau des cotisations sociales et le coût du travail est souvent soulignée. Cependant, une étude menée par des économistes français en 2019 a mis en lumière que l’augmentation des cotisations patronales destinées au financement des retraites a un impact plus direct sur la rémunération nette des salariés que sur le coût global du travail pour les employeurs.

Ainsi, il serait théoriquement envisageable de résorber le futur déficit du système de retraite par une simple augmentation des cotisations sociales. Néanmoins, cette mesure risquerait d’affecter le pouvoir d’achat des actifs, quelle que soit la modalité d’application (soit par une diminution du salaire net en cas d’accroissement des charges salariales, soit par un ralentissement de la progression salariale si les charges patronales sont rehaussées).

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