Une avancée majeure pour la retraite progressive
Jusqu’à présent, le mécanisme de la retraite progressive était exclusivement réservé aux employés du secteur privé cotisant à la CNAV, sous condition de réduire leur temps de travail. Cette opportunité était refusée aux agents de la fonction publique – qu’ils soient enseignants, personnels hospitaliers, agents territoriaux ou fonctionnaires d’État – ainsi qu’à plusieurs catégories de travailleurs indépendants.
À partir de l’été 2025, cette situation va changer radicalement. La nouvelle réforme introduit les dispositions suivantes :
- L’harmonisation du dispositif pour l’ensemble des régimes de retraite concernés.
- La possibilité d’y accéder dès 60 ans, soit quatre ans avant l’âge légal de départ en retraite.
- Une extension significative aux différentes fonctions publiques : d’État, hospitalière et territoriale.
- L’intégration, lorsque cela est pertinent, des régimes spéciaux toujours en vigueur.
- Le maintien de l’accumulation des droits à la retraite durant toute la période de transition progressive.
Critères d’éligibilité : ce qui demeure et ce qui change
Pour pouvoir bénéficier de la retraite progressive, les conditions essentielles restent les suivantes :
- Avoir au moins 60 ans.
- Justifier de 150 trimestres de retraite validés, tous régimes confondus.
- Occuper un poste à temps partiel, représentant entre 40 % et 80 % d’un temps plein.
- Pour les salariés, l’approbation de l’employeur pour le passage à temps partiel est indispensable.
Concernant la fonction publique, la transition vers un temps partiel devra s’aligner sur les statuts spécifiques de chaque corps (en particulier les régulations relatives au temps partiel sur autorisation). Un futur décret viendra détailler les modalités d’application pour chaque branche de la fonction publique.
Détermination du montant de la pension partielle
Durant la phase de retraite progressive, le calcul de votre pension s’effectue sur les mêmes bases qu’une retraite complète, mais proportionnellement au temps que vous ne travaillez plus. Concrètement, vous recevez :
- Une part de votre pension de base.
- Une portion de votre retraite complémentaire, si vous y êtes éligible (comme l’Agirc-Arrco pour les salariés ou la RAFP pour les fonctionnaires).
- Votre rémunération liée à votre activité à temps partiel.
L’atout majeur de ce dispositif est la continuité de l’acquisition de vos droits à la retraite pendant cette phase :
- Chaque mois d’activité est pris en compte pour le calcul de votre retraite finale.
- Vous continuez à valider des trimestres.
- Vous cumulez des points additionnels pour votre retraite complémentaire.
Cas pratique : estimation de vos revenus
Imaginons un employé de 61 ans qui opte pour un travail à mi-temps. Ayant déjà validé le nombre de trimestres requis, il fait une demande de retraite progressive.
- Il perçoit toujours 50 % de sa rémunération.
- Il touche 50 % de la pension de retraite qu’il aurait obtenue à 64 ans, calculée sur ses droits actuels.
- Durant cette période, il continue de cotiser, ce qui aura un impact positif sur le montant de sa future pension.
Lorsque la période de retraite progressive se termine (par exemple, à 64 ans), l’individu passe automatiquement en retraite complète. Sa pension est alors recalculée pour inclure tous les droits supplémentaires accumulés pendant la phase progressive.
Comparaison : Retraite Classique face à la Retraite Progressive
| Critère | Retraite Complète | Retraite Progressive |
|---|---|---|
| Âge d’accès | Dès l’âge légal (64 ans en 2025) | Dès 60 ans, sous réserve de 150 trimestres |
| Statut professionnel | Cessation totale de l’activité | Maintien d’une activité à temps partiel |
| Perception de la pension | Pension totale (basée sur les droits acquis) | Fraction de la pension (proportionnelle au temps non travaillé) |
| Cotisations retraite | Non (sauf dans le cadre d’un cumul emploi-retraite sous conditions) | Oui : validation de trimestres et accumulation de points complémentaires |
| Temps de travail | Aucun | Activité à temps partiel, entre 40 % et 80 % d’un temps plein |
| Accord de l’employeur | Non requis | Oui, pour le passage au temps partiel |
| Régime fiscal | Pension imposable | Pension progressive et salaire sont imposables |
| Réversibilité | Non (définitif) | Oui : possibilité de reprendre une activité à temps plein (sous certaines conditions) |
| Durée maximale | Non applicable | Jusqu’au passage en retraite complète (ex : jusqu’à 64 ans) |
Scénario illustratif : retraite progressive de 60 à 64 ans
Profil imaginaire :
- Claire, 60 ans, est enseignante dans la fonction publique.
- Son salaire net à temps plein est de 2 600 € par mois.
- Sa pension de retraite estimée à 64 ans s’élève à 1 900 € nets par mois.
Option : retraite progressive à 60 ans avec un mi-temps (50 %)
| Âge | Temps de travail | Salaire net | Part de retraite versée | Revenu mensuel total | Observation |
|---|---|---|---|---|---|
| 60 ans | 50 % | 1 300 € | 950 € (soit 50 % de 1 900 €) | 2 250 € | Début de la perception d’une partie de sa pension. |
| 61 ans | 50 % | 1 300 € | 950 € | 2 250 € | Poursuite des cotisations pour augmenter le montant final de la retraite. |
| 62 ans | 50 % | 1 300 € | 950 € | 2 250 € | Maintien du mi-temps, permettant l’accumulation de droits supplémentaires. |
| 64 ans | Retraite complète | — | 2 000 € (pension ajustée grâce aux trimestres cotisés en plus) | 2 000 € | Cessation complète de l’activité professionnelle, passage en retraite définitive. |
Avantages estimés par rapport à un départ à la retraite complet dès 60 ans :
- Quatre années supplémentaires de cotisation.
- Une pension finale revalorisée (environ 100 € de plus par mois dans cet exemple).
- La conservation d’un niveau de revenu comparable au salaire initial, tout en diminuant la charge de travail.
Les bénéfices de cette réforme pour les agents publics
L’élargissement de ce dispositif aux fonctionnaires représente une avancée significative. Il offre une nouvelle perspective à ceux qui :
- Souffrent d’épuisement professionnel en fin de parcours (comme les enseignants, les professionnels de la santé ou les agents territoriaux).
- Ne remplissent pas les critères pour un départ anticipé lié à une carrière longue ou à la pénibilité.
- Désirent organiser leur transition vers la retraite de manière plus douce, sans subir une baisse brutale de leurs revenus.
Les administrations publiques devront cependant s’adapter à cette évolution, qui entraînera probablement une augmentation des demandes de temps partiel et nécessitera des réorganisations au sein des services.
Points de vigilance et limites du dispositif
La mise en place de la retraite progressive peut, dans certains cas, présenter des complexités :
- Elle exige une procédure formelle auprès de la caisse de retraite compétente (comme la CNAV, le SRE ou la CNRACL).
- Elle n’assure pas un droit inconditionnel au temps partiel : les employeurs conservent la possibilité de refuser la demande dans certaines circonstances.
- La combinaison salaire et retraite partielle peut s’avérer limitée, particulièrement pour les pensions modestes.
Par ailleurs, il est important de noter que la fiscalité n’est pas suspendue : la pension progressive est soumise à l’impôt au même titre qu’une retraite standard.
Enjeux stratégiques de ce dispositif pour l’État
En favorisant les transitions progressives vers la retraite :
- L’État réduit la pression financière instantanée sur les systèmes de retraite.
- Il prolonge la période d’activité professionnelle (même partielle), ce qui est moins coûteux qu’un départ en retraite complet.
- Il encourage l’emploi des travailleurs seniors, une priorité essentielle des politiques actuelles.
Ce système contribue également à atténuer l’usure professionnelle chez les individus qui ne sont pas éligibles aux dispositifs de départ anticipé.
Un dispositif susceptible de transformer la fin de carrière de millions de Français
Grâce à l’extension de la retraite progressive à tous les actifs dès 60 ans, la transition vers la retraite se mue d’un brusque changement en un parcours maîtrisé. Ce nouveau droit, effectif à partir de l’été 2025, représente un jalon important dans la manière d’aborder les dernières années d’activité professionnelle en France.
Il sera intéressant d’observer si les employeurs, tant dans le secteur public que privé, adhéreront pleinement à ce dispositif, et si les travailleurs adopteront cette option offrant à la fois flexibilité et maintien des droits.






